1 avr. 2011

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Ça fait maintenant un bon moment que j'ai envie de tester les blends de pu erh "maison" : un mélange réfléchi et harmonieux de différents pu erh pour créer de nouveaux goûts, de nouvelles sensations.

Pour commencer ces expérimentations, j'ai choisi de mélanger trois thés vraiment différents mais qui - je l'espère - vont se révéler complémentaires au niveau du rendu final :

- 1/3 de Bu Lang Essence Of Tea 2010, pour sa puissance et son amertume,
- 1/3 de Yong De Min Feng 2006, pour son équilibre et son superbe pôle boisé,
- 1/3 d'Or violet 2009, pour son côté doux et féminin.


Pour lier les profils aromatiques entre eux et former un ensemble homogène, j'ai ajouté un tout petit peu de sucre vanillé. Cet ingrédient insolite, intégré au blend en quantité infinitésimale, va fusionner les pôles végétaux en sublimant leurs arômes. Il va également offrir en bouche un aspect qui pourrait à première vue sembler novateur mais qui est pourtant déjà omniprésent dans les pu erh qui ont souvent tendance à basculer vers des complexités moelleuses tirant sur le sucré au fil des multiples infusions.
Pour donner un ordre d'idée, j'ai ajouté à mon mélange environ un tiers de cuillère à café de sucre vanillé.


Pour infuser ce blend, j'ai choisi d'utiliser ma Run Yi de 8cl en Hungni d'Yixing, afin d'arrondir le tout. Elle va participer au gommage de l'amertume de la Bu Lang en associant cette puissance à la douceur de l'or violet. Son action sur la Min Feng ne devrait pas être trop perceptible, ce qui laissera ce pu erh de 2006 au centre du rendu final, une sorte de base "solide" autour de laquelle l'alchimie va pouvoir se créer.


Je n'ai fait qu'un seul rinçage, mais assez long : je voulais que le sucre vanillé, dissous dans la première eau, puisse imprégner légèrement les feuilles de pu erh avant de rejoindre le pot à eaux usées.

Infusion 1 (10"). C'est plutôt étonnant : la liqueur a pris une teinte curieusement rosée, je ne sais pas d'où provient cette pigmentation... En bouche c'est à la fois très curieux et vraiment délectable : on retrouve, très atténuée, la violence de la Bu Lang, qui vient se loger dans le palais et qui se fond littéralement avec la douceur de l'Or violet. Le très léger parfum de vanille, assez facilement détectable lorsque l'on plonge le nez dans la théière, ne se retrouve pas en bouche mais je crois discerner la résultante de son imbrication naturelle avec les parfums musqués de la galette Or violet. L'ensemble est vraiment harmonieux, surprenant mais très réussi !


Infusions 2 et 3 (30") : les liqueurs se suivent et se ressemblent, je note avec une réelle auto-satisfaction que le superbe pôle boisé de la Min Feng conserve une très belle assise et que sa place centrale dans le rendu global est sublimée, renforcée par les autres composantes de cette liqueur.
Je note tout de même un petit bémol - que je n'avais pas identifié lors de la première infusion - dans cette harmonie : un parfum un peu étrange, qui me rappelle un peu certaines saveurs iodées / marines. Cela reste toutefois très en retrait mais ce qui m'interpelle c'est qu'aucun de ces trois pu erh pris séparément ne dévoile cet aspect lors d'infusions "classiques".

Infusion 4 et suivantes (de 45" à 5 minutes) : la liqueur a subitement changé de couleur, c'est vraiment étrange. Elle est passée d'une couleur rosée à quelque chose de... blanc. Mystère.
En bouche, le rendu reste agréable, mais je m'aperçois que la note iodée précédemment évoquée prend de plus en plus d'ampleur dans la tasse : elle a même fini par prendre le dessus sur le registre boisé de la Min Feng. Le mélange n'a plus du tout la même énergie, le même "peps", il ne subsiste qu'une sorte de fadeur iodée, douceâtre et pour le moins insolite, pour ne pas dire désagréable.
La note iodée, sur la fin, tirait franchement sur le poisson.


Je pense faire d'autres essais prochainement, sur la même base. Je vais sans doute être amené à revoir les proportions du mélange, il serait sans doute intéressant d'y ajouter quelques feuilles d'un bon vrac cuit (le vrac 15 de la M3T par exemple?) et d'analyser le résultat. Ou bien, pourquoi pas quelques miettes de sencha ?

Bref, bilan en demi-teinte, j'ai été franchement enthousiasmé par les premières infusions, et terriblement déçu par la conclusion de cette session. La prochaine fois j'utiliserai plutôt ma théière en verre, je crains que le sucre vanillé ne se soit incrusté dans la terre de ma Yixing...

13 commentaires:

Lu Yu a dit…

Fantastique. Merci pour cet enseignement plein de sagesse et de clairvoyance. Que n'ai-je eu de mon vivant l'audace dont vous faites preuve aujourd'hui !

Lu Yu, Dieu du Thé

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David a dit…

C'est disco dis moi la couleur de ton thé là ! C'est vraiment surprenant.

Je pense effectivement que l'emploi du sucre avec ta théière n'était pas très opportun, mais rien de gravisime non plus. Fais lui infuser De longues heures de l'eau pendant quelques jours, et tu verras bien si elle est encore sucrée ds qq temps. Au pire, il existe des méthodes plus musclées sans danger pour ta théière. Pas inquiétude donc.

La théière en verre semble toute indiquée, en plus tu verras ce qui se passe au niveau du changement de couleur... Pour moi ça ne peux venir que du sucre. Faudrait peut être changer de marque. ;-)


PS : je savais bien que dieu utilisait un iPad, et, entre nous, il a eu raison d'attendre la deuxième génération !

Nicolas a dit…

La pigmentation est sûrement en relation avec l'or violet. Je ne vois que cette explication.

Au passage, bonjour à Lu Yu.

Nicolas

Olivier a dit…

Un conseil pour palier au blanchissement de la liqueur... ajoute une pointe de grenadine...

(Par contre si tu veux faire ça avec une Yixing faut d'abord la culotter 24h avec de la grenadine)...

Bonnes hérésies ;)

Robin a dit…

Le plus étonnant, c'est que, rien qu'en photo, on peut sentir l'odeur poissonneuse, très iodée, de ce thé. Fascinant !

Hobthe a dit…

Incroyable!
Mais après tout l'avenir appartient aux plus audacieux!
Blague à part, tu me donnes envie de faire la même chose avec d'autres thés!
En ce qui concerne la couleur, ça provient du sucre vanillé s'il est "industriel" : c'est la vanilline qui en solution aqueuse donne des colorations...

Meish a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Leaf a dit…

Hum. Sous la bonne identité maintenant, je disais donc :

Merci pour ce superbe fou rire. Comme disait mister Robin, ça sent très fort le poisson... XDD Joli !

Julien ÉLIE a dit…

La pigmentation est sûrement en relation avec l'or violet. Je ne vois que cette explication.

À moins que la Bulang n'ait fini par désagréger la paroi de cette théière ?

David a dit…

Mdr Julien !

Sébastien a dit…

"À moins que la Bulang n'ait fini par désagréger la paroi de cette théière"

ce serait donc ça, le trou qui s'est formé sur le fond ?

Nicolas a dit…

Le trou qui s'est formé dans le fond à mon avis c'est la Bulang.

N.

Julien ÉLIE a dit…

Il manque un ingrédient :
http://www.designboom.com/weblog/cat/8/view/5566/lighting-bag-by-wonsik-chae.html

À tester en théière :-)