14 oct. 2011

Chi Tse Beeng - Feng Qing 2004


Dégustation d'une galette produite et stockée dans la préfecture de Lincang : une Chi Tse Beeng 2004 de la Feng Qing Tea Factory. Cette galette est sur-emballée aux couleurs de puerh.asia, ce qui est bien pratique pour identifier le thé et pour offrir une protection supplémentaire à la galette.


L'odeur à travers l'emballage est pleine de promesses, ça sent vraiment le très bon puerh, je vais mettre l'eau à chauffer, et je déballe !


La galette est composée de petites feuilles assez foncées, mais ce qui me marque le plus, c'est la compression extrême des bords de la galette : à certains endroits, on ne distingue même plus les feuilles tellement l'ensemble a été comprimé ! La texture (la maille) visible à la surface de la galette est-elle la marque du tissu dans lequel les feuilles ont été placées juste avant la compression ?


Bizarrement, la galette a une odeur beaucoup moins prenante une fois déballée. En revanche, dès que l'on commence à l'attaquer au pic à puerh, on retrouve une puissante odeur de sheng cha, enivrante et très classe.

Finalement, cette galette est beaucoup moins compressée qu'elle n'en a l'air et il est relativement aisé d'extraire quelques grammes de thé.


Je choisis un zhong pour sa neutralité et pour son côté pratique, le préchauffe et y dépose les quelques 7 grammes de thé prélevés. L'odeur est franche bien que relativement peu puissante, elle m'est plutôt familière et résonne comme un puerh encore jeune. Ce Chi Tse Beeng ne fait pas son âge ; je lui aurais bien donné au minimum 2 ans de moins.

Double rinçage et premières infusions : j'obtiens une liqueur dotée d'une forte et immédiate présence en bouche. Les arômes sont francs, typés musc, bois et épices, tout à fait mon registre préféré. En bouche là aussi (dans une moindre mesure), ce puerh fait plutôt jeune. Ce qui est certain, c'est que le stockage n'a pas été humide pour un sou !


C'est rond, long en bouche, précis, bien dessiné, c'est bon quoi :) Le tout est souligné par une amertume tout de même bien marquée, qui a une légère tendance à mettre en valeur une petite acidité un peu troublante, mais je mets ça sur le dos du fort dosage et des durées d'infusion peut-être un peu exagérées.


Effectivement, en réduisant les temps, cette amertume "déviante" disparaît totalement et laisse place à toutes les qualités de ce puerh. Au nez surtout, c'est superbe : que ce soit dans le couvercle du zhong, au-dessus de la liqueur ou dans la tasse à peine vidée, je retrouve tout ce que j'aime dans un puerh brut.


La liqueur est dense mais souple, les arômes montent vraiment en puissance et l'amertume devient très agréable quoique soutenue. C'est complexe sans être un feu d'artifice, solide sans être brut, et moelleux sans être mou ni liquoreux. Ce puerh a de la réserve (il suffit de pousser un peu une infusion pour s'en apercevoir), une belle endurance et une homogénéité remarquable. Ce premier contact est tout à fait concluant pour moi.

Alors, aucun reproche à formuler à l'encontre de cette Chi Tse Beeng 2004 ? Eh bien non, c'est l'exemple type du très bon puerh que je vais boire avec plaisir. Par contre, si il n'a aucun défaut à mon goût, il ne m'a pas non plus offert beaucoup d'inédit, de surprise. Une belle découverte certes, mais une découverte dans un registre qui m'est familier, avec cependant deux caractéristiques inhabituelles : l'aspect du bord de la galette (jamais vu ça à ce point là), et le fait que ce puerh me paraisse plus jeune qu'il ne l'est.
Cela dit, mon enthousiasme est sans doute tempéré car je m'attendais peut-être à un "choc" aussi énorme que celui provoqué par ma toute récente dégustation du maocha de Shuangjiang.

8 commentaires:

edp a dit…

Intéressant, j'ai bien les FQ d'ailleurs.

Personnellement, je n'avais jamais vu de FQ sheng présentant de telles traces de compression, mais c'est plus courant sur leurs shu.

edp a dit…

"j'aime bien" et non "j'ai bien" :-)

Olivier a dit…

Je suis pas toujours emballé des puerh de Feng Qing Cha Chang, mais il faut bien avouer que celui ci est flambant!

Je ne dirais par contre pas qu'il fait beaucoup plus jeune que ce qu'il est... il a soit pas vieillit de la mme manière que d'autres (notamment ceux qui ont vécu dans une atmosphère plus humide) mais ses aromes sont clairement sculptés par le temps. Je suis d'ailleurs étonné que tu n'ai pas relevé de touches camphre/eucalyptus, découlant clairement de l'age du thé...

Après tu pourras me répondre qu'elles sont plus présentes encore dans ce thé pourtant de 2007, mais c'est plutôt celui ci qui est étonnant pour son jeune age que le Feng Qing ;)
(Après les deux viennent.... de Feng Qing... et c'est pas non plus un hazard)

Sébastien a dit…

Eucalyptus ? Je n'avais à vrai dire pas du tout ça en tête quand j'ai goûté cette galette, je suis peut-être bien passé à côté. Camphre ? Vous allez rire, mais le camphre, c'est une odeur que je ne connais pas. Ca sent quoi ? Aucune idée.
D'ailleurs je n'ai absolument jamais utilisé ce terme pour décrire une odeur de puerh... et pour cause :)

Cette galette ne fait pas "beaucoup" plus jeune que son âge, mais un peu selon moi. Bon, ça s'explique aussi peut-être par le fait que j'ai goûté très récemment un sheng de 2003 qui pour le coup faisait beaucoup plus vieux, à cause certainement d'un stockage plus humide.

J'ai re-déballé la galette cette après-midi, l'odeur est tout de même vraiment superbe :)

Olivier a dit…

Ce que j'entend par "eucalyptus/camphre est peut être ce que tu entends par "poivré/mentholé/fumé", bien que dans le fond on ne retrouve clairement aucun de ces 5 éléments...

Après pour la question du vieillissement rapide/lent, il y'a la vitesse qui rentre en jeu, mais aussi souvent la manière dont cette maturation se passe. Parfois ça change totalement le caractère du thé, agi de manière évidente, révolutionne réellement le thé en question. Parfois c'est une maturation plus subtile qui tout en conservant le caractère initial du thé le complexifie, agis en finesse sur des couches plus superficielles et légère des aromes, et cela que la maturation soit rapide ou lente.

Bonnes dégustations!

edp a dit…

Hello à tous,

Sébastien, le sheng de 2003 n'est pas un bon exemple de ce que donne un puer de ces années.

Bien qu'il n'y aie pas de traces de stockage humide dessus (si ce n'est éventuellement sa facilité à être détachée), il a dû être accéléré à ses tout-débuts. Je suis certain que si on le dégustait en parallèle du nouveau vrac de 1984 de la M3T ou du wangzi des 60', on leur donnerait des âges similaires. En ce sens là, il est impressionnant (surtout pour son prix). Etonnament mature, si ce n'est qu'il est moins complexe qu'une vénérable galette des 80'.

David a dit…

Pour reconnaître le camphre, je te conseille de sentir du baume du tigre, qui est essentiellement composé de camphre, de menthol et de clou de girofle (sauf le blanc où ce dernier élément est remplacé par de l'eucalyptus).

Julien ÉLIE a dit…

Merci Sébastien pour l'échantillon que tu m'as envoyé de cette galette. C'est un pu er dont la maturité commence à se faire sentir. Agréable et réconfortant, ce qui est très appréciable en cette période hivernale !