11 oct. 2011

Kabuse-cha

Mon sachet de Kama-iri cha ayant rendu l'âme (ou presque), je me prépare avec délices à ouvrir le suivant sur ma liste, le cru 2010 du Kabuse-cha de Uji (préfecture de Kyōto) sélectionné par Florent pour Thés du Japon.


Les théiers à l'origine de ce thé (tout comme pour les gyokuro et matcha) ont été ombrés afin de faire grimper le taux d'acides aminés dans les feuilles. Cet ombrage est réalisé dans le but de faire ressortir la douceur du thé.
N'ayant jamais bu de gyuokuro ni de kabuse-cha, c'est aujourd'hui une grande première pour moi ! Ce kabuse-cha de Uji, cultivar Samidori (une luxueuse variété de théier spécialement conçue pour la culture ombrée - dixit Florent) va donc être la transition parfaite entre les sencha auxquels je commence à être habitué, et le gyokuro qui m'attend sagement dans son sachet sous vide.


Pour la préparation du ce thé, je me suis très largement inspiré du dernier article de Florent, qui aborde la question de l'infusion des kabuse-cha : faut-il les préparer comme des gyokuro, comme des sencha ou bien d'une autre façon ? Je vous conseille, si ce n'est pas déjà fait, la lecture de son article pour y voir un peu plus clair.


Ces longues aiguilles sont superbes, très finement travaillées, et d'un vert sombre au lustre prononcé. L'odeur de "hi-ire" est plaisante, et se mêle à des parfums plus doux, plus subtils. Tout cela me donne très soif... Vite, faire chauffer l'eau !

Pour cette découverte du Kabuse-cha, j'ai ressorti ma balance et mon thermomètre afin de ne pas commettre de gros impairs, et j'ai rapatrié mon kyusu, utilisé ce matin au bureau avec le Kama-iri cha de Florent, dont il ne me reste plus que 4 malheureux grammes.

Voici donc les paramètres pour lesquels j'ai opté : 6g de thé pour environ 90 ml - 60°C/1'15" - 65°C/10" - 75°C/30" - 90°C/2'


Première infusion : j'obtiens une liqueur jaune relativement claire et assez peu troublée. Assez étonnamment, c'est plutôt fort en bouche : je m'attendais à quelque chose de vraiment très doux, c'est plutôt une fine amertume qui m'envahit et qui vient souligner une texture dense, grasse et très souple. Très agréable en bouche, ce kabuse-cha délivre toute une gamme d'arômes végétaux, et un petit quelque chose de fruité. Il est surtout très long en bouche, tout en finesse.


Deuxième infusion : la liqueur se trouble légèrement et reste dans les tons jaunes. L'amertume est vraiment minimaliste pour ce deuxième tour. Hormis cette amertume fine et élégante, les parfums semblent un peu en retrait mais ils s'affinent. J'ai beaucoup de mal à les distinguer.


C'est riche, fin et précis, doux mais pas fade, moelleux et affûté.
Et surtout, très très long en bouche. Des arômes de poire ont été évoqués par Florent et Lionel, j'ai cru effectivement discerner quelque chose dans ce genre, mais c'est difficile de savoir dans quelle mesure j'ai été influencé par mes lectures... En tout cas, c'est très bon le kabuse-cha, je conseille :)


Troisième infusion : la liqueur se trouble encore un tout petit peu plus, mais rien de comparable avec un fukamushi sencha boueux à souhait ! L'astringence revient un peu plus en force (à relativiser tout de même, ce n'est pas un Bulang non plus), c'est toujours très long en bouche, toujours des parfums fruités et végétaux, et toujours en douceur.


Je dois avouer que ce n'est pas du tout la douceur à laquelle je m'attendais. Je m'attendais à une sorte de "sirop de thé", beaucoup de sucre et de fruit, quelque chose de vraiment caricatural. Il n'en est rien. En revanche, ce Kabuse-cha est d'une rondeur inouïe, sa texture est vraiment agréable (huileuse disait Lionel, c'est tout à fait ça) et sa longueur en bouche, pfff....


Quatrième et dernière infusion : la liqueur s'éclaircit légèrement et devient plus brillante, presque translucide.
Cette infusion longue et chaude a réveillé l'astringence, mais le palais y a été préparé et je ne saurais dire si elle est réellement plus importante que pour les infusions précédentes. Le rendu en bouche est frais, toujours fin et tranchant, propice à une bonne salivation.


La liqueur reste très ronde en bouche, et bien que cette dernière infusion soit la moins parfumée des 4, elle offre pourtant quelque chose de vraiment intéressant surtout au niveau de sa structure, de son rendu, et surtout, surtout... de la longueur en bouche.


Agréablement surpris par ce kabuse-cha, je dirais qu'il vaut surtout le détour pour sa spectaculaire longueur en bouche. Quelques minutes après avoir vidé sa tasse, on se surprend à littéralement respirer ce thé, il évolue lentement en bouche et dans le corps bien longtemps après la fin de la dégustation.
Ce n'est qu'au bout de quelques minutes qu'on obtient un arrière-goût très doux, fin et bienfaisant. Un vrai bonheur. Une des plus impressionnantes longueurs en bouche jamais observées sur un thé vert...

3 commentaires:

lionel a dit…

Joli article Sébastien. J'aurais pu écrire les mêmes choses sur ce thé (dont je vais terminer le paquet cette semaine, probablement avec un dosage 'gyokuresque' pour épuiser les derniers 7-8 g...).

Effectivement, texture grasse-huileuse, et longueur en bouche impressionnante.

Un thé qui vous marque, à tel point que je ne peux le déguster tous les matins, mais en alternance avec 1 voire 2 autres thés, tellement une rencontre avec ce kabuse cha est intense...

Sébastien a dit…

"Un thé qui vous marque, à tel point que je ne peux le déguster tous les matins, mais en alternance avec 1 voire 2 autres thés, tellement une rencontre avec ce kabuse cha est intense..."

Je confirme ! Je l'ai goûté pour la première fois hier soir, et lorsque je me suis couché... je me suis relevé presque aussitôt, l'idée même de dormir semblait inconcevable. Bref, à ne pas boire le soir, en ce qui me concerne en tout cas.

Regoûté ce matin, rendu très légèrement différent malgré une préparation identique. Un résultat quoi qu'il en soit toujours aussi spectaculaire.

yakimono a dit…

wouaw, les photos sont magnifiques ! merci !