6 août 2011

Shui Xian


Échantillon d'un Shui Xian, le "half-handmade" 2010 d'Essence Of Tea.
Jusqu'à présent je n'ai pas vraiment eu de coup de cœur pour les thés de rocher, ces fameux Wuyi Yan Cha, qui ont pourtant pas mal de fans inconditionnels. Peut-être que celui-ci va me faire changer d'avis !

Je vais suivre les conseils de David : très dosé (8g/10cl), le plus chaud possible, et des temps d'infusion du style 30", 45", 1', 1'30, 2'30...


Les feuilles, très foncées, bien travaillées et flétries, d'une taille très respectable pour certaines offrent sans surprise un fort parfum de torréfaction. D'autres nuances sont cachées sous cette dominante "grillée/fumée", mais je suis bien incapable de les détailler.

Préchauffage maximum du gaiwan, et première infusion de 30".
La liqueur est d'emblée d'un beau rouge, et je me retrouve sans réelle surprise face à ce "mur" de torréfaction. Vu le dosage, c'est évidemment du costaud, mais je m'attendais à pire : même si je ne suis pas fanatique de ces fragrances torréfiées, ça reste dans le domaine du raisonnable. A côté de ça, c'est super long en bouche, et en finale ça devient plus complexe que cela n'apparaît au premier contact. Belle minéralité, texture agréable bien que relativement "velue", et pas mal de choses pour l'instant indéterminées.



J'enchaîne tout de suite à 45", pour un résultat sensiblement identique. Le début d'amertume/astringence (difficile de faire la nuance sous cette chape de torréfaction) qui avait pointé le bout de son nez à l'infusion 1 s'amplifie, mais de manière plutôt plaisante, pour peu que l'on apprécie les liqueurs pour le moins incisives et très "charpentées". L'image qui me vient à l'esprit, c'est que si je mets une petite cuillère dans ma tasse, elle va tenir debout toute seule :)
Contrepartie ultra positive de ce mélange torréfaction/amertume/astringence : une longueur en bouche défiant toute concurrence. Comme pour le whisky (en ce qui me concerne en tout cas), le meilleur se dévoile bien après la déglutition.


Troisième tour à 1 minute, dans le couvercle du gaiwan la torréfaction semble laisser place à du fruit, c'est plus moelleux au nez. La liqueur, elle, est toujours aussi percutante. Dire que c'est la même plante qui est à l'origine de mignons petits Long Jing doux et tirant gentiment sur la verdure et la noisette...
La torréfaction de cette troisième liqueur commence tout de même à faiblir légèrement (à moins que ce ne soit mon palais qui sature). La texture est toujours aussi particulière et agréable, tout comme l'amertume d'ailleurs. Un finish toujours aussi long et intéressant, la suite de la dégustation me réserve sans doute des surprises.


Infusion 4 (2') : la torréfaction est en baisse, la liqueur en devient plus limpide en bouche, plus fine & plus légère, c'est vraiment pas mal. Les rochers seraient-ils comme certains puerh, chez lesquels les premières infusions préparent les suivantes et ne sont pas systématiquement les meilleures ? Pour ce Shui Xian, à ce stade de la dégustation, je retiens surtout (outre la torréfaction) une belle minéralité, un début d'agrumes (et de pêche ?) et une astringence qui tend vers une certaine fraîcheur.


5(3'), 6(5') et 7(10') : petit à petit, la liqueur s'éclaircit au point que je suis progressivement en mesure d'apercevoir le fond de ma tasse. Le thé se fait plus léger, moins "massif", et plus subtil. Si la torréfaction est toujours bien sensible, elle laisse maintenant la place à une minéralité vraiment flagrante. Du minéral grillé, à la manière de certains Pouilly Fuissé. Les spécialistes parleraient de silex ou de pierre à fusil, pour ma part je n'ai jamais croqué de cailloux pour en analyser les caractéristiques gustatives.
En tout cas, ce Shui Xian devient vraiment plaisant en bouche, toujours aussi long. Il s'oriente de plus en plus vers une certaine fraîcheur fruitée, et sur les cailloux comme évoqué précédemment.


Ce n'est clairement pas un thé que je pourrais consommer tous les jours, surtout avec ce style de dosage "bûcheron". Les effets sur le corps se font ressentir de manière franche : ça réchauffe, ça booste, un Qi d'enfer pourrait-on dire.
Si cette "famille" de wulong très torréfiés ne fait toujours pas partie de mes préférées, il est cependant indéniable que certains d'entre eux, comme ce Shui Xian, ont de réelles qualités. Après, c'est une question de goût.

5 commentaires:

Philippe de Bordeaux a dit…

Il est beau ce bol.Il me fait penser à une assiette de David,dans le style japonais et"Voie lactée",bleue&noire.

Belle&fine description pour un dosage de "bûcheron"!

Mes amitiés.

Sébastien a dit…

"Il est beau ce bol.Il me fait penser à une assiette de David"

Ah oui tiens, maintenant que tu le dis, y'a comme un air de famille :)

Pour revenir au dosage de bûcheron, c'est vraiment du lourd, du musclé. Heureusement que j'ai bu ça en tout début d'après-midi, sinon j'étais bon pour la nuit blanche. 8 grammes pour 10cl, le gaiwan est limite débordement, difficile d'en mettre davantage.

Une très belle dégustation malgré cette torréfaction qui décidément ne parvient pas à me séduire plus que cela. Un jour peut-être...

David a dit…

Je pense qu'avec ce genre de paramètres, il vaut mieux avoir un bon thé entre les mains, sinon c'est la cata.

Deux petites remarques sur la torréfaction. Habituellement, un yancha ne se boit pas aussi jeune. Ce n'était d'ailleurs pas dans l'intention de Nada de commercialiser ses jeunes wuyi mais de les garder quelques années, le temps que la torréfaction se calme. Mais finalement il a décidé de les commercialiser, notamment pour que les gens aient la possibilité de voir leur évolution dans le temps. D'après lui, les changements ne serait ce qu'en un an sont spectaculaires. À noter qu'il les conserve en jarre en Yixing. Donc, à l'occasion, il faudrait que tu goûtes ses versions 2007. J'en ai d'ailleurs si tu veux comparer les deux. Tout ça pour dire que tu as gouté un yancha pas forcément fait pour la consommation immédiate. Mais la torréfaction est tellement soignée que ça vaut vraiment le coup de mon point de vue. Mais n'essaie pas ça avec un yancha de base, surtout le mode bûcheron ©.

Autre chose, sache que la majorité des amateurs de yancha préfèrent utiliser une théière pour ces thés. Zhuni, zisha ou hongni, masqueront un peu l'aspect torréfié pour se concentrer sur la texture, la minéralité et le fruit. À essayer.

Bon dimanche. Je pense que je vais me faire un yancha !

Tsubo a dit…

Tout cela dans un bol de Yamane Seigan, c'est cela ? ( désolé, on ne se refait pas ;) )

Sébastien a dit…

oui oui, c'est ça ;)