16 nov. 2010

Lan Ting Chun 2000 (Diguoting)


Après la 2010, voici la version 2000 du Lan Ting Chun de Diguoting, ce producteur de la région de Lincang.


D'ailleurs, est-ce bien un thé de 2000 ? Manque-t-il un zéro à l'année, ou bien le mois est-il codé sur 1 chiffre ? Bon, je pars sur la deuxième solution.

La galette est beaucoup plus sombre que la précédente, sans doute est-ce dû aux 10 années de fermentation.



Les différents tons de vert laissent ici la place à des tonalités plus boisées.
De même que le parfum exhalé par cette galette. Encore beaucoup de fraicheur, mais comme arrondie, "lustrée" ou patinée. Concrètement, ça sent le sheng cha plus tout jeune, mais encore très loin du terme de sa maturation.


Je trouve le Nei Piao assez beau, je vous en fait profiter :


Passons aux choses sérieuses.
Tout d'abord, extraction d'un morceau de thé.



Les infusions ont été très nombreuses (mais pas comptées). La liqueur a pris d'emblée une couleur rouille assez splendide (pas du tout fidèle sur la photo).
Ce qui m'a le plus frappé avec ce thé, c'est la multiplicité des rendus. L'odeur de la galette sèche est très différente de l'odeur dans le couvercle du zhong, elle-même différente de l'odeur dans la tasse vide, qui n'est pas non plus identique à la rétro-olfaction ou à la perception en bouche.
En jouant avec la liqueur sur la langue, il est possible d'avoir une vive note de jeune sheng, très verte, puissante, et dans la seconde qui suit, une note de vieux bois, bien ronde, presque grasse.

Bon, la multiplicité des sensations est un phénomène qui se produit toujours plus ou moins quel que soit le thé, mais pour ce sheng, j'ai l'impression qu'il est accentué. Un peu comme si le thé, plus ou moins perdu, hésitait entre la fougue de la jeunesse et la puissance raisonnée de l'adolescence.


Ce thé n'a pas grand chose à voir avec celui de 2010. En même temps, en 10 années d'intervalle, les théiers ont peut-être évolué (ou bien ce ne sont tout simplement pas les mêmes qui ont été utilisés), les processus de fabrication ont certainement changé, et bien sûr cette galette a vieilli. Inutile donc de pousser plus loin la comparaison.

Je trouve ce thé vraiment bon, à deux exceptions près :
- un arrière-goût peut-être un peu faible au regard de la galette 2010 (oui je sais, je viens de dire "inutile donc de pousser plus loin la comparaison")
- un positionnement un peu flou, que j'ai déjà mentionné maladroitement, je ne trouve pas les mots pour détailler cette sensation.

A part ça, j'ai beau chercher, je ne trouve pas grand chose à redire : une galette de très belle facture, profusion d'arômes, bonne endurance, belle amertume... et aussi une forte propension à se transformer, à évoluer au fil des infusions..

Il y a quand même un air de famille indéniable avec d'autres thés de cette région, mais elle ne saute pas aux yeux (au palais, au nez) comme entre Yong De Min Feng / Yong De Mang Fei par exemple. En même temps c'est la première fois que je compare des thés d'une même région mais avec 10 années d'écart...
La question des terroirs et du vieillissement des pu erh est décidément un vaste sujet dont je ne fais qu'entrevoir l'étendue et la complexité.


C'est un thé que je retesterai en théière un jour prochain, un jour où il aura décidé de se livrer plus complètement. Félicitations tout de même à Diguoting pour ces 2 belles réalisations, et merci à Olivier de les avoir dénichées au fin fond de la Chine !


L'infusion est sublime : de belles feuilles intactes, j'adore.

15 nov. 2010

Mang Fei (Yong De)

Trois grammes de la galette Mang Fei 2006 de chez Yong De.
Un thé qui doit forcément ressembler au moins un peu à la galette Min Feng (même année / même producteur) que je consomme inlassablement et toujours avec le même plaisir depuis maintenant plusieurs mois.


Deux thés du même âge, d'un même producteur, et d'un même comté de la région de Lincang, mais fabriqués avec des feuilles provenant de 2 montagnes voisines : je ne doute pas un seul instant que je vais beaucoup aimer ce pu erh, et d'ailleurs il ne me suffit que d'un rapide coup d'œil (de nez) dans le sachet pour en avoir la confirmation.

Dans le zhong chaud je retrouve tout ce que j'aime dans un pu erh, et la suite de la dégustation sera du même tonneau.


Des infusions limpides, avec de beaux arômes comme je les aime, une bonne petite amertume qui diffuse la complexité boisée dans toute la bouche, puis c'est l'ensemble des fosses nasales et de la gorge qui profite des infusions qui se succèdent.

Difficile pour moi de lister les différences (car il y en a) entre ce thé et son alter ego de la montagne d'en face. Le Mang Fei est peu être un peu moins riche en arômes (moins d'ampleur), l'arrière-goût n'est peut-être pas aussi persistant et la liqueur ne réagit pas tout à fait pareil sur la langue. Mais 3g, c'est peu : je dois pas être loin du double lorsque je préparer la Min Feng, donc difficile de comparer (d'ailleurs je me demande si je n'ai pas pris la mauvaise habitude de surdoser mes sheng cha...).
Il faudrait les déguster côté à côté avec des paramètres identiques mais peu importe, ce sont tous deux de très bons pu erh. Et encore une fois, merci à Julien pour cet échantillon dont la dégustation était très plaisante et très instructive. J'ai vraiment eu le sentiment d'être en territoire connu, et j'avais bien besoin de ça après ma déconvenue avec le Fu Zi Zhuan.


14 nov. 2010

Fu Zi Zhuan (1987)


Le fameux bouillon cube de la M3T, un des (sinon LE) meilleurs shu cha de la maison paraît-il. Oui je sais, j'avais dit la même chose du vrac 16. En tout cas ces deux-là ont plutôt bonne réputation.

J'avoue que si on m'avait mis entre les mains il y a quelques années ce petit cube brun emballé dans un vulgaire bout de papier, mon premier réflexe n'aurait pas été de l'infuser dans une théière...

Ce cube Fu Zi Zhuan pèse 5 grammes, c'est un shu cha de 1987, et...



Ne sachant pas trop comment m'y prendre avec ce thé que (je ne voudrais pas foirer les infusions), je relis les conseils de Julien et du coup je remballe ma théière, je vais plutôt prendre mon zhong pour surveiller plus facilement le délitement du cube (pas facile de nuit, dans une théière noire pleine de liqueur sombre, de distinguer ce qui s'y passe).

Infusion 1 : 1'30
Le cube reste plutôt intact, liqueur assez foncée n'offrant que peu d'arômes. Rien d'exceptionnel, mais le meilleur est sans doute à venir, il faut deux ou trois passages pour réveiller ce pu erh.

Infusion 2 : 1'30
Le cube est tombé en miettes, la liqueur très foncée, voire noire. C'est très bizarre : je ne retrouve pas du tout la palette aromatique des autres shu de la M3T. Je ne suis vraiment pas fan de ce que j'ai dans ma tasse. Poursuivons.

Infusion 3 : 15"
Troisième infusion très courte car les feuilles sont maintenant bien décompactées. La liqueur n'en reste pas moins très sombre. Niveau goût c'est toujours pas ça... une impression désagréable me reste dans la bouche, les arômes sont étranges et pas du tout typés "automne" comme les vracs 15, 16, 22... L'arrière-goût ne me plaît pas, c'est lourd et pesant en bouche, seule une petite rétro-olfaction assez sympa vient sauver la mise. Que se passe-t-il ?

Infusions 4, 5 (15") pas mieux.

Infusion 6 (15") : la liqueur est un peu moins chargée, je commence à percevoir des choses qui me plaisent vaguement mais ça reste très très largement en-deça des fabuleux vracs évoqués précédemment.

Infusions 7 (30"), 8(1'), 9(1'30) : ça s'améliore tout doucement mais je ne suis pas du tout conquis. Un gros doute s'empare de moi : ai-je fait n'importe quoi avec ce thé ? Ai-je loupé quelque chose ?

Infusions 10(1'30), 11(2') : voilà, ça commence à ressembler de loin à un shu cha qui me plaît, mais les feuilles semblent sur le déclin. Je crois que je dois me faire à l'idée que je suis passé à côté de ce thé.

Infusions 12, 13, 14, 15 (jusqu'à 10') : je me suis un peu acharné pour être sûr, mais non.

Alors que s'est-il passé ? Comment expliquer ce gouffre entre les échos que j'ai eus de ce Fu Zi Zhuan et la profonde déception qui m'envahit ?

- j'ai totalement raté la préparation de ce thé (à ce point, c'est quand même peu probable)
- je suis tombé sur un cube "raté" (peu probable également)
- ce thé ne correspond pas à mes goûts (peut-être, mais alors qu'est-ce que les autres amateurs de thé lui trouvent ?)
- ce cube a mal supporté son séjour dans un sachet plastique (à ce point ?)


Lan Ting Chun 2010 (Diguoting)


Une galette 2010 ramenée par Olivier de son dernier périple dans les montagnes de Lincang. Le producteur s'appelle Diguoting, la marque Lan Ting Chun.

Quelques infos complémentaires (merci Olivier) :

C'est un producteur qui a eu une certaine importance dans le passé, s'est construit une belle usine, qui est aussi expert en fermentation et qui a beaucoup investit au mauvais moment et s'est pris la chute des prix de 2007 dans les dents. Depuis il est ruiné, endetté jusqu'à l'os, humainement pas mal abattu, mais il continue à faire tourner l'usine (un peu au ralenti). Cette galette 2010 vient du superbe jardin ci-dessous qui appartient à ce producteur. De superbe arbres anciens... à Min Feng !

Photo Olivier Schneider (j'ai pas demandé l'autorisation, dis-moi si j'abuse :)

Très belle galette, faiblement compressée (pas besoin d'outil pour en extraire un morceau). Des grandes feuilles, des bourgeons, joli travail.




L'odeur qui s'échappe de la théière suffit à me replonger dans l'univers de la Yong De 2006, un pu erh que j'affectionne particulièrement (je sais, je l'ai déjà dit). Très parfumé, enivrant, bref, je sens que ça va me plaire !

J'ai un peu sur-dosé pour ce premier contact avec cette galette de Diguoting, histoire d'accentuer ses caractéristiques. Du coup j'ai obtenu une liqueur sans doute un peu plus amère, mais avec des arômes vraiment soutenus et appuyés.


Un excellent thé sans aucun doute : arômes riches et puissamment évocateurs, arrière-goût long et de très belle qualité. J'aime beaucoup. C'est dans le registre de ma galette Yong De 2006 (qui vient également de la montagne Min Feng) mais en plus vert, plus frais, plus jeune quoi.

En tout cas c'est très bien fait, ça se boit tout seul, et je suis impatient de tester une autre galette de ce même producteur, mais de 2000 (ou 2001 ?), également fournie par Olivier.


13 nov. 2010

Tra Nam Sao (Vietnam)


Un thé vert que l'on m'a rapporté du Vietnam, un superbe Tra Nam Sao de chez Tan Cuong...

Les feuilles ressemblent un peu à du Bi Luo Chun, en moins enroulées et d'une couleur assez étrange tirant plutôt sur le bleu.


Je ne boirai pas plus d'une gorgée de la première infusion, très trouble et extrêmement amère. Et encore, heureusement que je n'ai pas suivi les paramètres d'infusion indiqués au dos du sachet : 100°C / 5 minutes...

Les deux infusions suivantes sont très décevantes : très peu de goût, une amertume désagréable et un arrière-goût du même tonneau. En bref : pas top.


On fabrique sans doute de bons thés au Vietnam, mais celui-ci fait plutôt penser à un thé vert de base. J'avoue que je ne sais pas trop ce que je vais faire du reste du sachet. Des amateurs d'échantillons de ce superbe Tra Nam Sao ?


9 nov. 2010

Vrac 16 (1983)


Un des,  sinon LE meilleur shu cha de la M3T, selon une légende urbaine. 
Il est de 1983, j'en ai 4 grammes et, comme d'habitude...


J'ai un peu honte d'avoir laissé ces quelques feuilles de vrac 16 s'asphyxier dans leur sachet plastique pendant si longtemps... Trop de thés à goûter, rhâââ que la vie est dure...

Aspect des feuilles sèches : immenses comparées à la majorité des shu cha, couleur "classique". Magnifiques en tout cas.


Odeur des feuilles sèches dans le zhong chaud : très comparable (de mémoire) avec le vrac 15 que j'ai goûté assez récemment, il faudrait vraiment aligner les deux côte à côte pour pouvoir les différencier plus en détail.
Très bonne odeur automnale, on est en plein dedans !

[J'ai récemment  profité d'une petite promenade sous les arbres pour "renifler" des feuilles mortes, eh bien l'idée que je m'en faisais était totalement fausse... Dans mon billet sur le vrac 15 je parlais d'odeurs de feuilles mortes, je n'y étais pas du tout : une poignée de feuilles mortes (humides) sent davantage le champignon que le petit bois mort...]

Deux rinçages express, infusions.

#1 (30") : odeur de... réglisse (?) qui se superpose à cette gamme de notes terreuses et boisées. Au goût, un côté assez sucré plutôt étonnant, que je n'avais pas eu avec les précédents, ou en tout cas pas à la première infusion ! En dehors de ça, pas de grosses surprises, c'est du très bon.

#2 (15") : vu la couleur que prend l'eau dès qu'elle touche les feuilles, je fais une 'infusion très courte. La note sucrée a disparu pour laisser place à quelque chose de plus "classique" mais de terriblement bon. Certainement plus dense, et dotée de plus de corps que celle des vracs 15 et 22, la liqueur est un peu "chargée" mais très riche.


Du coup je poursuis : 20", 20", 25", 30"... pour cette sixième infusion la liqueur commence un peu à "s'alléger" : elle perd un peu de sa consistance presque excessive pour se transformer en quelque chosede plus limpide, mais toujours aussi délicieux.
C'est reparti : 50", 1', 1'15, 1'30, 2', 3'... ça y est ! Il aura fallu onze infusions pour que ce vrac 16 perde de son éclat, ou tout du moins de son "épaisseur", sur une infusion de trois minutes. Pour que, subitement, l'eau chaude versée dans le zhong reste incolore pendant quelques poignées de secondes.
Malgré ce net (et brusque) début de faiblesse, les arômes sont toujours là.

Ensuite j'ai arrêté de compter. Ce qui est certain c'est que je n'ai pas fait 43 infusions !

Difficile d'avoir un avis définitif (voire même un avis quelconque qui tienne un tant soit peu la route) sur cette série de vracs : 15, 16, 22, 28, 29. Il faudrait les goûter plusieurs fois sur des laps de temps moins espacés...

Une certitude cependant (si tant est que l'on puisse en avoir en matière de thé) :
j'ai tout de même préféré les 15, 16 et 22, avec un petit faible pour le 22, un des premiers que j'avais testés donc ça ne veut pas dire grand chose...


Les feuilles infusées sont impressionnantes. Décidément, ce pu erh cuit de 27 ans d'âge... est en pleine forme !

8 nov. 2010

Mini tuo #9


Allez hop, number nine.

Surprise ! Il y a des Objets Végétaux Non Identifiés dans ce thé : genre des p'tits bouts de pétales de fleur. Un pu erh chrysanthème ? Ce serait tout à fait de saison.



La mini galette ne sent pas grand chose, mais une fois rincée, effectivement, on sent un parfum de fleur.

Bilan synthétique : un léger goût de pu pu erh, plutôt un mélange de thé rouge et de pu erh non identifié, le tout baigné dans un parfum floral assez appuyé mais pas non plus écœurant.


Ce n'est pas le registre floral crémeux d'un wulong ou subtil et musqué d'un Anji Bai Cha, c'est le floral d'un thé parfumé. Le pu erh est ici anecdotique.
Honnêtement, la liqueur n'est pas désagréable à boire. Il ne faut pas s'attendre à avoir un goût de pu erh (en même temps qui aurait l'audace de définir quel doit être le goût du pu erh), mais bien goût un thé parfumé. Pas super raffiné, pas délicieux mais tout à fait buvable.