20 mai 2011

Aiguilles d'argent


Mon expérience et mes connaissances en thés blancs sont extrêmement limitées. C'est donc avec beaucoup de plaisir que je m'apprête à déguster un "Silver Needle" sélectionné par Akira Hojo, dont la réputation n'est plus à faire (aussi bien sur la qualité de ses thés que de ses théières).

Les thés blancs sont ceux qui sont le moins travaillés, Akira détaille sur son site les étapes de fabrication de ce Silver Needle du Fujian :

- après la cueillette du thé, on ôte les feuilles pour ne conserver que les bourgeons (opération manuelle).
- les bourgeons sont alors étalés précautionneusement sur des claies en bambou, dans un local bien aéré ou au soleil (attention, pas trop fort le soleil). L'objectif de cette flétrissure naturelle est de faire perdre aux bourgeons 70 à 80% de leur humidité.
- le thé est ensuite séché "naturellement" pendant une journée, grâce à l'action du soleil et du vent, puis un deuxième séchage plus chaud (30 minutes dans un panier en bambou placé sur un feu) vient encore réduire le taux d'humidité des feuilles.
- le thé est alors trié une nouvelle fois (on ôte les brindilles et les débris) puis re-séché : le taux d'humidité tombe à 4 ou 5%, il est immédiatement emballé (encore chaud).


D'après Akira, les bourgeons de thé blanc ainsi emballés vont, dans le sachet, dégager de l'humidité qu'ils réabsorberont ensuite. Au final, le thé conservera 8 à 10% d'humidité résiduelle.

Notez qu'à aucun moment les feuilles - ou plutôt les bourgeons - n'ont été "manipulés" : aucun "flétrissage", roulage, pas de compression, de martelage, etc...

L'odeur des feuilles sèches est sans surprise : frais, végétal, vert, frais, frais.


"Flavor Is Just Like A Breaht Of Spring"
c'est la promesse d'Akira pour qui dégustera ce Silver Needle.


Pour la préparation de ce thé, j'ai suivi consciencieusement les conseils d'Akira Hojo :

- placer 3 grammes de thé dans un grand verre préchauffé (150/200ml).
- verser un tiers d'eau à 90°C
- incliner doucement le verre de gauche à droite pour éviter que les bourgeons ne restent à la surface sans toucher l'eau
- au bout de deux minutes, verser le reste de l'eau
- laisser infuser 2 à 3 minutes en profitant du spectacle (les bourgeons descendent au fond du verre, puis remontent).


Je dois dire que spontanément je n'aurais pas du tout procédé de la sorte. J'aurais infusé moins chaud et moins longtemps. Akira explique qu'au contraire, étant donné que ce Silver Needle n'a pas été "travaillé", il a besoin d'être infusé plus longtemps.

La première infusion, très pâle mais sans être incolore, est tout à fait fidèle à la description d'Akira Hojo, et à ce que pouvaient laisser présumer les feuilles sèches : très frais, doux, moelleux et végétal. L'arrière-goût est du même style, mais ne reste pas dans la gorge : il se localise plutôt sur l'avant de la bouche et laisse une sensation de fraîcheur durable.


Deuxième infusion, un peu plus longue : liqueur identique, toujours très fraiche et parfumée, extrêmement agréable en bouche et à la déglutition. Ce thé sera parfait pour les chaudes journées à venir.


Troisième et dernière infusion, moins intéressante mais toujours agréable.

Finalement, j'ai bien retrouvé dans ce Silver Needle tous les éléments que j'aimais dans le seul autre thé blanc que j'ai goûté : de la fraîcheur, du végétal, du vert ; et bien que je n'aie pas bu de Yue Guang Bai depuis un moment, ces deux thés me semblent assez proches (un goût de thé blanc, quoi). Le Silver Needle d'Akira Hojo est certes plus fin, plus abouti, plus travaillé et subtil, mais dans la tasse, la différence n'est pas proportionnelle à l'écart de prix selon moi.


N'ayant que peu d'expérience en la matière, je ne suis peut-être pas apte à apprécier les subtilités de ce thé blanc. Cela dit je n'ai absolument rien à lui reprocher : c'est un superbe thé, une cueillette magnifique, des bourgeons splendides. Un goût de printemps assurément. Akira l'avait bien dit :)


Les bonnes surprises n'étant jamais là où on les attend, j'ai été très agréablement surpris par la méthode d'infusion préconisée par A. Hojo. J'avais déjà vu, à plusieurs endroits (blogs, sites...) des photos d'infusions dans des grands verres mais je ne m'y étais jamais risqué (choisissant le gaiwan systématiquement).
Grâce au tutoriel très détaillé d'Akira Hojo, la préparation de ce thé blanc fut très réussie et je suis conquis par ce mode d'infusion. A retester sur des thés verts !

7 commentaires:

edp a dit…

Belle description de ta dégustation.

Les blancs, je les pousse habituellement à 5 infusions sans problème, ça baisse après.

Ma technique préférée sur les blancs demeure cependant l'infusion à froid : on en met un peu dans une bouteille le soir, le tout au frigo et on récupère le lendemain matin.

Des thés souvent délaissés parce que trop chers et légers, alors qu'au contraire leur délicatesse et leur subtilité semble mieux convenir à la philosophie chinoise selon la personne qui m'a reçu en Chine.

Julien ÉLIE a dit…

bien que je n'aie pas bu de Yue Guang Bai depuis un moment, ces deux thés me semblent assez proches (un goût de thé blanc, quoi)

Je suis curieux de connaître ton avis sur le Yue Guang Bai après l'avoir infusé de la même façon que tu l'as fait pour ce Yinzhen d'Akira.
Le mieux serait toutefois de comparer avec d'autres thés blancs. Car le Yue Guang Bai est quand même particulier (séchage sans lumière ou au clair de lune) et ajoute un biais dans la comparaison avec des thés blancs, dont il n'est pas réellement un représentant.


Le Silver Needle d'Akira Hojo est certes plus fin, plus abouti, plus travaillé et subtil, mais dans la tasse, la différence n'est pas proportionnelle à l'écart de prix selon moi.

Ce thé blanc d'Akira est dans la trentaine d'euros les 100 grammes. (À comparer avec le prix des thés blancs d'autres boutiques.)
Cinq fois plus cher que le Yue Guang Bai, effectivement.

La qualité est une affaire subjective, je te l'accorde. Tant mieux si le Yue Guang Bai t'attire davantage en qualité/prix.

Sébastien a dit…

Effectivement, il pourrait être intéressant de tester le Yue Guang Bai dans un grand verre...
Mais ne te méprends pas sur mon jugement, ce Silver Needle est vraiment magnifique et vendu à un tarif très raisonnable. C'est le YGBai qui était vraiment "donné".
Je n'ai pas tenu de propos dithyrambique au sujet de ces aiguilles d'argent car je crois que je m'attendais à quelque chose de vraiment "spectaculaire" (car venant d'Akira) ou de profondément différent de ce que j'avais pu goûter auparavant.
Ma comparaison entre ces deux thés blancs n'était peut-être pas de circonstance ou maladroitement exprimée ;)

Julien ÉLIE a dit…

C'est le YGBai qui était vraiment "donné".

Oui, je suis d'accord avec toi. Pour avoir goûté ce thé de la sélection d'Olivier, je confirme qu'il est à un excellent rapport qualité/prix. À 6 € les 100 grammes, il est rare de trouver un thé qui tienne la route.
-- Hormis le mini-tuo au riz ? :-)

Les aiguilles d'argent d'Akira n'ont rien de « spectaculaire ». Pas besoin de propos dithyrambique. Il s'agit simplement de se laisser bercer, comme l'indique Denis, par leur délicatesse et leur subtilité.
Elles sont surtout remarquables pour la pureté et le soyeux de l'infusion.

C'est dans la même optique pour le Long Jing, hein ! Ne t'attends pas à du « spectaculaire » mais à une belle pureté, de la fluidité, de la douceur (avec un léger grillé pour ce batch), de la longueur en bouche.
Comme l'indiquait récemment Philippe sur son blog, c'est le genre de thé que tu peux oublier dans la théière ou le zhong. Il ne pourra en sortir que du très bon.

Bonnes dégustations à toi.

David a dit…

>> Je n'ai pas tenu de propos dithyrambique au sujet de ces aiguilles d'argent car je crois que je m'attendais à quelque chose de vraiment "spectaculaire" (car venant d'Akira)

Eheh, je me sens un peu responsable sur ce coup là. ;-)

Perso, je ne suis pas très adepte de la technique du verre. Je préfère quand c'est un peu plus concentré (zhong, petite théière en verre). Mais c'est tellement joli ce ballet de feuilles que je le fais néanmoins de temps en temps.

Olivier a dit…

Passé un certain cap (bref quand on arrive à un thé de qualité) le prix d'un thé n'a en effet pas toujours (pour pas dire rarement) de rapport avec ses qualité gustative. Ce qui définit le prix d'un thé est avant tout sa rareté, et la demande pour ce thé.

Les "aiguilles d'argent" sont un pur bourgeon, et comme tous les pur bourgeons un produit cher. Il sera donc d'une manière générale toujours 2 fois plus cher que par exemple un Bai Mu Dan ou un Yue Guang Bai...
(10-20 euros / 100g pour un bai hao yin zhen est donc un prix normal, tout comme 5-10 euros / 100g pour un Bai Mu Dan ou un Yue Guang Bai est un prix normal)

De mme si tu fais récolter à ta demande un puerh comprenant uniquement une feuille et un bourgeon, voir une feuille deux bourgeon, il te couttera environ le double qu'une récolte inculant des feuilles plus agées...

Bref si il y'a bien un domaine un le prix n'est pas d'emblé une garantie d'être satisfait c'est bien le thé...

yakimono a dit…

Une nouvelle fois merci pour cet article complet et alléchant !