22 janv. 2012

Ker puerh

Spécialité bretonne fort méconnue que le vieillissement de puerh. Voici un échantillon de puerh cru qui a passé 10 ans dans un grenier à grains du Finistère. D'agréables notes de chouchen et de kouingn amann (c'est à dire beurre + sucre) sont déjà bien perceptibles dans les feuilles sèches. 10 ans dans le Finistère, ça marque...


Blague à part, ce morceau de thé a réellement passé 10 ans dans un grenier agricole en bretagne. Je n'ai aucune info sur ce thé, mais il semble avoir bien plus de 10 ans. Quoi qu'on puisse en penser ce stockage n'a pas dû être tellement humide tout du moins c'est ce que ce petit bout de thé me suggère ; le stockage breton n'est donc pas complètement comparable aux entrepôts de Hong Kong saturés d'humidité. Il y a en effet une différence de taille entre ces 2 stockages : la température.


Bref, ça m'a tout l'air d'être un bon vieux sheng cha de la M3T. Et si ce n'est pas le cas, au vu des parfums qui se dégagent de ce bloc de thé, je peux sans trop m'avancer dire qu'il aurait toute sa place sur la carte de la boutique parisienne.


Les multiples infusions réalisées avec ces feuilles iront toutes dans ce sens : il s'agit d'un bon vieux puerh qui donne dans le bois vieilli, la cire, tout en rondeur et en sucré.
Un très beau reste de vitalité, peut-être même un peu trop : très légèrement surinfusé ça part tout de suite en déséquilibre, un poil acide / un poil amer / texture chargée.



En revanche, quand le timing est bon et que l'infusion n'a été ni trop courte ni trop longue, il n'y a rien à redire, ça se boit tout seul le puerh breton.
J'ai d'ailleurs enchaîné les tasses à un rythme plutôt déraisonnable...



... au point de me retrouver à commencer à voir double. 


Je me rends compte que j'ai de plus en plus de mal à apprécier régulièrement ce genre de vieux puerh. Je n'ai jamais réussi à me lasser ou à m'écœurer avec de jeunes sheng ou avec des thés verts, mais je ne pourrais vraiment pas boire ce type d'antiquités tous les jours. Eh oui, même si vous me proposez des carrés n°3 ou je ne sais quelle brique d'anthologie, je n'arriverais pas à en boire aussi régulièrement qu'un puerh de l'année ou un bon sencha.


En parlant de sencha, je me rends compte qu'ils ont largement pris le pas sur les thés verts chinois... Il m'est désormais inconcevable d'envisager une matinée sans sencha. Et c'est avec tristesse que je vois se profiler le fond de mon sachet de Tsuyu Hikari...

En me relisant, je m'aperçois que c'est un peu n'importe quoi ce billet, ça n'a ni queue ni tête, tant pis !

12 commentaires:

L'eudes a dit…

Un article atypique mais c'est agréable.
Le thé était donc déjà bon a la base et le stockage ne l'as pas trop perturbé apparemment. Cela m'étonne peu. Un article atypique pour un thé atypique ^^.

lionel a dit…

Petit retour sur l'histoire de ce pu er dont j'ai envoyé 1 echantillon à Sébastien...
Acheté de mémoire en 2004 ou 2005 chez JingTeaShop pour une bouchée de pain, genre 20-30 euros la galette. Vendu comme un sheng de 1999 je crois. Je l'avais goûté à reception, alors jeune sheng de quelques années : bof bof voire beurk. J'ai donc décidé à l'époque de "forcer" un peu son évolution. Je l'ai donc bien emballée et placée dans l'ancien grenier à grains chez mes grands-parents dans le Finistère. Une ancienne étable, à l'étage sous la charpente, des murs de pierre avec une bonne aération...Elle est restée là 2 ans. Depuis elle était dans mon grenier, abandonnée entre 2 cartons...En surface la galette a présenté un temps des tâches blanches, comme un voile blanchâtre...signe d'un vieillissement humide qui ne donnait pas très envie...
Mais surprise en la goûtant : pas de notes off manifestes, pas un goût marqué de moisi. Non, c'est plein, des caractères de pu er sheng (relief, mordant, tannins) et de pu er shu (terre, couleur foncée, moelleux).
Comme quoi, avec un matériel de base je pense de qualité moyenne, on peut arriver à quelque chose qui tient la route et même plus. Tout ça à moins de 0.1 € le gramme.

Sébastien a dit…

Oh là là j'avais rien compris, je croyais qu'il y avait passé 10 ans dans ce grenier...
En tout cas c'est une expérience intéressante. Personnellement je n'ai pas trouvé de caractéristiques "shu". Le vieillissement est très réussi (bon, je ne l'avais pas goûté avant), il est resté très mordant comme tu dis.
Tu peux peut-être songer à une reconversion : Lionel, vieillisseur de puerh ?

Sébastien a dit…

hum, tes précisions m'amènent à poster un commentaire supplémentaire : j'ai écrit que ce puerh avait tout à fait sa place aux côtés des bons vieux sheng de la M3T. Cela signifie :
- soit que l'on peut trouver de très bons puerh "qui-ont-un-bon-goût-de-vieux" ailleurs que dans cette boutique et surtout pour beaucoup moins cher
- soit que l'atrophie de mes papilles évoquée dans le billet précédent est tout à fait réelle et que je suis bien incapable de faire la différence entre un thé d'exception et un truc de base camouflé par un vieillissement poussé.

Je suis décidément en pleine remise en question... heureusement, il me reste les sencha, qui eux ne me prennent pas la tête :)

lionel a dit…

>>> heureusement, il me reste les sencha, qui eux ne me prennent pas la tête :)

heureusement qu'ils sont là oui...ce matin, dans mon kyusu rouge, 6 bons grammes de Yutakamidori, un bon fukamushi typique, dans disons 10 cl d'eau...waouh la vague sucrée et végétale au réveil...pur bonheur...

David a dit…

Encore heureux que tu te remettes en question ! C'est en ce qui me concerne l'un des buts de l'exercice. Et je suis sûr que tu es bien conscient du fait que ça ne sera pas la dernière fois... dixit le gars qui a été tellement traumatisé par certaines découvertes qu'il n'a pas osé utiliser une théière pendant près de six mois ! ^^

Pour moi c'est ce qui rend cette passion si géniale : plus tu avances, plus tu te rends compte de l'abîme qui te sépare de la maîtrise, de la complexité de la chose. Et pourtant, le thé peut être si simple... Mais plus que le but, c'est la recherche qui m'intéresse.

Lionel, si tu peux me mettre de côté un petit bout de cette galette bretonne, je t'en serais fort gré !

À bientôt !

lionel a dit…

>> Lionel, si tu peux me mettre de côté un petit bout de cette galette bretonne, je t'en serais fort gré !

c'était prévu figure toi !
(mais si elle est si appréciée, je devrais la vendre très cher...)

T'es au Japon là ?

David a dit…

Pas encore, il est encore temps de passer commande, mais il faut se dépêcher ! :-)

Arno a dit…

Plus radical, il y aussi la méthode cuisson "shu" de Michel (Teajar) !

http://bp1.blogger.com/_A-htwr-J0ew/Rilh3HAiBzI/AAAAAAAAAFo/jTe65OEICew/s1600-h/AUTO+DA+Fe%CC%81.JPG

Sébastien a dit…

"T'es au Japon là ?"

T'es fou ! Tu crois vraiment qu'une fois au Japon, David aura le temps de venir poster des commentaires sur les blogs ? Entre les boutiques de céramique, les ateliers de potiers, les temples, les magasins de thé et les plantations (et tout le reste), faut pas rêver il aura autre chose à faire :)

... à moins qu'il ne vienne nous narguer avec des p'tites saillies du genre "Tiens, là je viens de déguster un gyokuro dans un superbe jardin de thé. Je vous laisse, j'ai rendez-vous avec un spécialiste du raku. A+ :)"

lionel a dit…

>>> ... à moins qu'il ne vienne nous narguer avec des p'tites saillies du genre "Tiens, là je viens de déguster un gyokuro dans un superbe jardin de thé. Je vous laisse, j'ai rendez-vous avec un spécialiste du raku. A+ :)"

faut dire que ça serait bien son style...^_ ^

David a dit…

C'est pas parce que je l'ai fait que je vais venir m'en vanter non plus... ;-)

Sinon, ben je suis en train de déguster ce ker puerh justement. J'avoue être surpris du résultat. Même si en tant que normand, je suis à peu près conscient du taux d'humidité en Bretagne, je pensais qu'il fallait une température plus élevée pour parvenir à ce genre de résultat.

Un joli puerh épicé, poivré. On sent définitivement des similarités avec de jeunes références stockées humides. Une belle réussite, surtout pour un puerh pas terrible au début.