12 janv. 2012

Dong Ding 1976

J'ai très peu d'infos sur cet échantillon de 3,5g de Dong Ding. En fait, je ne connais que son millésime : 1976.
Ce n'est pas tous les jours que je déguste des thés aussi vieux, j'aurais bien aimé en savoir un peu plus : wulong de Chine ? de Taiwan ? J'imagine qu'il vient de Taiwan (si l'appellation Dong Ding n'est pas usurpée), mais les premiers plants de théiers à l'origine de cette appellation ne proviennent-ils pas de Chine (Wuyi) ?
Pourquoi ce Dong Ding ne se présente-t-il pas sous la forme de billes, comme tous les Dong Ding que j'ai croisés au cours de mes pérégrinations théinées jusqu'à présent ? à moins qu'au bout de 36 ans les billes n'aient fini par se dérouler :)


Peut-être que le généreux donateur à l'origine de ce petit échantillon pourra m'en dire un peu plus ?

Très fine odeur de torréfaction, infime touche de fumé, mais assez peu de parfums aisément détectables sur les feuilles sèches. Celles-ci sont fines et torsadées, et se répartissent sur une gamme de couleurs allant du violet sombre au noir foncé et du brun clair à très prononcé.

J'ai également assez peu d'informations sur la procédure à suivre pour infuser ce thé. D'où le duo gagnant : gaiwan + infusion au feeling (à la couleur de la liqueur, au pif quoi).


Gaiwan préchauffé : des agrumes s'échappent de la porcelaine.
Rinçage : la torréfaction ressort franchement, le thé se réveille de son long sommeil. Sous la torréfaction bien présente se cache une belle minéralité.


Première infusion, une grosse minute (voire même deux) : dans le couvercle du gaiwan, c'est toujours la torréfaction qui domine, mais il y aussi des céréales grillées ou un petit quelque chose de malté, un peu comme sur un bon thé rouge. La liqueur est relativement dense en bouche, mais aérienne car paradoxalement fraîche. La liqueur est beaucoup moins sur la torréfaction que je ne l'avais craint. Honnêtement, ce thé ne ressemble absolument en rien à un Dong Ding, en tout cas à ceux que j'ai goûtés jusqu'à présent. Par rapport au wulong d'hier, ce Dong Ding est relativement peu parfumé, mais sa texture est très accrocheuse et les sensations en bouche sont d'un tout autre genre : plus musclé, plus incisif mais moins ciselé, moins raffiné et moins précis.


Deuxième infusion (entre une et deux minutes) : beaucoup moins de torréfaction dans le gaiwan. Il y reste une belle odeur de... wulong torréfié. J'ai beaucoup de mal à saisir les nuances dans cette famille de thés. Difficile de faire la différence entre ce Dong Ding et un Shui Xian ou un Da Hong Pao sans avoir les 3 sous la main simultanément. Manque cruel de pratique, de repères et d'expérience certainement.


La liqueur est beaucoup moins chargée, le orange foncé s'est éclairci pour devenir un peu plus limpide. La texture a, elle aussi, radicalement changé : plus aérienne, moins dense. Les parfums sont mieux mis en valeur. Pas de rondeur ou d'onctuosité, mais pas d'âpreté non plus, finalement c'est relativement quelconque. Ni astringence, ni amertume, je suis à vrai dire un peu perdu et dubitatif. Ce Dong Ding a pour moi un profil de thé rouge, et me fait vraiment penser au Da Yeh Wulong de Stéphane.


Les 3 ou 4 infusions suivantes tirées de ces quelques feuilles ne m'ont pas donné l'occasion d'assister à un revirement de situation spectaculaire. J'ai dégusté ce thé avec respect et circonspection, mais au final c'est surtout un gros point d'interrogation qui me restera en mémoire.


A noter tout de même une remarquable fraîcheur épicée sur la seconde moitié de la dégustation. C'est incroyable de constater une telle vitalité chez un thé qui approche la quarantaine.

6 commentaires:

Rayuela a dit…

En principe, un dong ding devrait venir de dong ding (donc de Taiwan) ; c'est vrai qu'il importent pas mal de thé vietnamien et chinois pour revendre sou l'appellation, mais je pense que cela était moins courant en 1976. Et vous avez raison pour la forme des feuilles. Elles se déroulent avec le temps.

Après, pour le goût, j'aime bien ce petit côté acre dans les vieux thés taïwanais, mais c'est surtout l'effet qui est superbe - je ne crois nullement au chi, mais si j'y croyais, je dirais que le chi des vieux oolongs est vraiment puissant.

Julien ÉLIE a dit…

wulong de Chine ? de Taiwan ? J'imagine qu'il vient de Taiwan

Tout à fait. Ce wulong provient de Taïwan, et bel et bien d'un jardin sur la montagne Dong Ding.
Beaucoup de « Dong Ding » n'en proviennent pas.


Pourquoi ce Dong Ding ne se présente-t-il pas sous la forme de billes, comme tous les Dong Ding que j'ai croisés au cours de mes pérégrinations théinées jusqu'à présent ?

Parce qu'à l'époque où ce thé a été cueilli, les machines à rouler les feuilles en forme de billes n'étaient pas si répandues que cela. La famille qui a récolté le thé n'en possédait en tout cas pas ; le processus de préparation des feuilles a été fait entièrement à la main donc la compression est moins forte, ce qui conduit à une ouverture « rapide ».
Aucune saveur parasite, contrairement à ce que l'on ressent sur de nombreux autres wulong vieillis. Charbon de qualité, feuilles de qualité, maître de thé de qualité.

Mars a dit…

J'adore les photos de tes tasses, tu as su saisir l'instant !

J'en profite pour te souhaiter une très bonne année et de belles découvertes sur la voie du thé.

Sébastien a dit…

" Charbon de qualité, feuilles de qualité, maître de thé de qualité."

Il semble bien que je ne l'aie pas apprécié à sa juste valeur. C'est semble-t-il un monde à art, ce Dong Ding n'avait absolument rien à voir avec un Dong Ding 'basique'. J'ai été vraiment surpris de voir à quel point il se rapproche d'un thé rouge.

Quant à l'ouverture des feuilles, j'avais émis cette hypothèse sans y croire vraiment, mais je suis ravi d'avoir appris quelque chose de + aujourd'hui !

Merci pour vos explications, et merci Mars pour tes voeux et tes éloges :)

Sébastien a dit…

mmm, il fallait lire "un monde à part"

madiel a dit…

Bonjour et bravo pour votre blog (que je découvre).

Ces Wulongs millésimés semblent magnifiques.
je vous conseil, si ce n'est déjà fait, le Mi Lan Xiang 4 de 1991 de La Maison des 3T. La torréfaction est très présente mais le retour d'agrumes de litchi et autres fruits exotiques en font une superbe gourmandise. C'est ce que je nome un "thé de bouche" plus que "de nez". Si vous le préparez dans un Zhong, vous aurez la surpris de sentir dans le couvercle chaud une odeur de soupe à la citrouille. Non je ne suis pas dingue, essayez !