20 juin 2010

Lao Cha Tou

Toujours au hasard, je sélectionne dans mes échantillons un shu de 2007, le Lao Cha Tou (qui est à priori arrivé en France par les bons soins d'Olivier).

J'ai sous les yeux trois petits blocs de thé qui totalisent 5 grammes, ça me semble être parfait pour ma théière à shu, que je préchauffe donc sans plus attendre.
Les blocs de thé, assez compacts, développent dans la théière des effluves assez parfumés, et très doux. C'est à la fois enveloppant et réconfortant, ça me plait assez.



Après un bref rinçage, première infusion (entre 1 et 2 minutes).
La liqueur est assez claire, et en bouche c'est plutôt léger ; l'arrière-goût n'est pas vraiment percutant. Je retrouve des notes de shu "classiques", mais le final est un peu différent des caves, terres humides... habituels, snas pour autant que je parvienne à mettre un nom sur ce ressenti.
Les blocs de thé n'ont vraiment pas souffert de ces 2 premiers bains : ils sont quasiment intacts.

Quatre minutes pour la deuxième, la liqueur est presque noire. Le pichet en verre, observé face à la lumière, laisse transparaître de beaux reflets rouges.
La liqueur est plus chargée, beaucoup plus de corps. Les arômes typés shu sont assez persistants et je crois aussi distinguer une étrange composante presque florale, bien qu'assez fugace.



Trois minutes pour le troisième tour : la liqueur, bien que toujours aussi sombre, est moins chargée. Le thé est plus long en bouche, mais pas outre mesure. Pas mal de relief dans cette troisième infusion qui se révèle très agréable à boire.

Quatrième infusion (encore trois minutes) : les blocs de thé se sont morcelés mais toujours pas délités. Quelle résistance ! La liqueur est moins sombre, l'ensemble est très équilibré avec un bel arrière-goût, très bon quoi !



#5 : quatre minutes, un peu plus faible en arômes.

#6 : cinq minutes, toujours ces blocs très solides dans ma théière ! Le thé est encore très bon ; je retrouve un peu de l'impression de "fraîcheur" (toute relative quand même, c'est un pu erh cuit) qui m'avait impressionnée dans le vrac 22. Il va falloir que je reteste mes précédents shu, je me demande si je ne suis pas passé à côté de quelque chose...

#7 : huit minutes. Moins d'arômes, moins de persistance en bouche, mais le thé reste agréable à boire. Un coup d'œil dans la théière : je me demande si je vais arriver à bout de ces blocs de thé qui ont résisté plus d'une demi-heure dans l'eau bouillante.

#8 : dix minutes. Grosse baisse de forme pour les arômes. Les blocs de thé ? Encore vaillants.


Je profite des derniers rayons de soleil pour photographier le contenu de la théière.

#9 : quinze minutes, le thé n'a plus grand intérêt hormis cette petite impression de fraicheur qui reste sur la langue. J'en viens aux mains avec mes blocs de thé : je les réduits en miettes avec les doigts pour la prochaine infusion qui sera la dernière (en plus ma table à thé n'est pas loin de déborder :)

#10 : alors, ça donne quoi une fois le thé émietté à la main ? Eh bien c'est étonnant : au bout de quinze minutes d'infusion, j'ai de nouveau une liqueur très foncée, très dense. Les arômes de shu sont revenus en force, mais mêlés à un petit goût sucré, presque chocolaté. Je n'ai jamais eu quelque chose d'approchant dans mes dégustations précédentes de shu...
Décidément, je vais de surprise en surprise avec ce thé ! Du coup, je refais une infusion supplémentaire.

#11 : un quart d'heure d'infusion supplémentaire, le sucre est encore là, on dirait du confit de pu erh, c'est vraiment étrange. [Dans la théière, pour le coup, c'est une bouillie informe.]

Je m'arrête là pour ce thé plein de surprises, je me demande bien ce qu'en ont pensé ceux qui ont eu l'occasion de le tester. Et j'aimerais bien en apprendre un peu plus sur l'origine de ce thé...

5 commentaires:

Olivier a dit…

Hahaha, c'est drôle ça, tu va avoir l'occasion de regouter ce thé plus en profondeur très bientôt!
Au vus de ce que tu avais pensé et écris de qq shu, nouveaux et plus anciens, je t'avais précisément mis un bout de celui ci dans ta dernière cargaison... en pensant bien qu'il allait te plaire et peut être te faire voire le fermenté autrement...

Incroyable qq'un t'as précisément envoyé le mme thé avant que mon échantillon n'arrive chez toi! ;) Bravo!

Je m'arrête là pour ce thé plein de surprises, je me demande bien ce qu'en ont pensé ceux qui ont eu l'occasion de le tester. Et j'aimerais bien en apprendre un peu plus sur l'origine de ce thé

Tout d'abord je suis très surpris par tes durées d'infusion... 3 mintures, 4 minutes, 5 minutes, 8 minutes, 15 minutes (waw ça finit tiède là)!

A part pour vraiment décortiquer un thé (ou tu peux faire de la longue infusion), ou pour tirer les derniers aromes après une grosse session d'infusions, j'infuse plutôt ce genre de thé bien en dessous de la minute, plutôt de l'ordre de la poignée de secondes, et je le pousse par contre à plus de 15 infusions...

Pour l'histoire de ce thé sinon (dont j'ai parlé dans un vieil article sur le BIO et sur lequel je reviendrais en détail le mois prochain dans un article sur Haiwan), il s'agit de la version produite par Haiwan, exclusivement en 2007. Il est basé sur une recette originale conçue en 99 par par Zou Bingliang, ancien master blender de Menghai Tea Factory (DAYI) et fondateur de Haiwan. Très respecté en Chine Zou Bingliang est pour moi un des grands maitre de la fermentation et (entre il faut bien le dire pas mal de produits grand public bas de gamme) Haiwan produit de vrais perles en puerh fermentés (dont ce très connu Lao Cha Tou).

Les blocs de thé que tu as découvert (précisément les Cha Tou) sont des agglomérats de puerh, rares, qui se sont formés naturellement durant la fermentation. Recueillit durant plusieurs années lors du tri des grades qui suit la fermentation, Haiwan à conservé ses blocs de thé, issus donc de nombreux produit Haiwan, avant de les presser en 2007. C'est donc un thé assez singulier, exploitant habilement une réaction naturelle rare, et mélangeant origine et millésimes.

Largement copié depuis, de nombreux producteurs proposent aujourd'hui des "copies" de cha tou, produits artificiellement, avec un resultat très décevant (quand on connaît l'original).

Bonnes dégustations :)

Sébastien a dit…

Décidément les grands esprits se rencontrent ; c'est assez incroyable cette coïncidence :)

Du coup ça va me permettre de refaire un test avec ce thé, en changeant par exemple les paramètres d'infusion.

Par contre j'ai du mal à croire qu'avec des infusions de quelques secondes on puisse avoir une liqueur très goûtue. Ou alors peut-être que tu le doses plus généreusement ?
Pour les infusions longues que j'ai faites, je réchauffe la théière plusieurs fois (eau bouillante versée dessus) pour ne pas boire le pu erh tiède.

Merci pour les explications sur ce thé, notamment les agglomérats de pu erh. Donc c'est une formation naturelle rare, qui a lieu lors de la fermentation. Intéressant.

Lorsque tu as infusé ce Cha Tou, les agglomérats sont restés intacts ou presque, comme sur mes photos ? Est-ce que tu leur a un peu "forcé la main" en les écrasant à la main ? Ou bien, une fois ta séance terminée, il restait encore des blocs compacts dans ta théière ?

Ce qui m'intrigue, c'est que les arômes les plus surprenants - de sucre, de chocolat - sont apparus après avoir écrasé les blocs de thé entre mes doigts. Mystère.

Je vais prendre le temps de la réflexion avant de refaire une séance avec ce thé pour le moins inhabituel :)

Julien ÉLIE a dit…

toujours ces blocs très solides dans ma théière
[... puis, une fois émiettés ...]
Les arômes de shu sont revenus en force, mais mêlés à un petit goût sucré, presque chocolaté.

Oui, c'est quelque chose de magique que j'ai bien apprécié dans ce thé.
Si tu aimes cela, je te conseille le tuo 1990 de Stéphane (Teamasters). La description qu'il en fait est conforme à ce que j'ai pu goûter. J'ai aussi posé une question sur les blocs que j'avais avec son tuo -- et sur le coup de fouet une fois émiettés ! :-)

http://teamasters.blogspot.com/2007/02/tuo-cha-sauvage-cuit-de-1990.html
http://teamasters.blogspot.com/2006/09/lautomne-la-saison-du-pu-erh_20.html

J'espère que tu pourras découvrir d'autres facettes du Lao Cha Tou avec l'échantillon qui a dû t'arriver ce soir dans le colis d'Olivier !

Bonnes dégustations !

Julien ÉLIE a dit…

Olivier,

j'infuse plutôt ce genre de thé bien en dessous de la minute, plutôt de l'ordre de la poignée de secondes, et je le pousse par contre à plus de 15 infusions...

Disons que cela va donner des expériences différentes. La Lao Cha Tou est effectivement intéressante à essayer avec de courtes infusions mais, perso, je préfère de plus longues infusions avec elles.
J'ai l'impression que c'est à voir au cas par cas, avec chaque thé, suivant la personne, l'humeur du moment...
Chaque dégustation en devient unique :-)
Tout le charme du thé !


Avec des pu er sheng de l'année ou presque, il va de soi que je n'attaque pas sur 1 minute puis 3 minutes :-)


Il me tarde de lire ton article sur Haiwan !




Sébastien,

Ce qui m'intrigue, c'est que les arômes les plus surprenants - de sucre, de chocolat - sont apparus après avoir écrasé les blocs de thé entre mes doigts. Mystère.

D'un coup, il y a eu une bien plus grande surface de thé en contact avec l'eau. Cela a libéré des arômes jusque-là insoupçonnés !

Sébastien a dit…

"c'est à voir au cas par cas, avec chaque thé, suivant la personne, l'humeur du moment...
Chaque dégustation en devient unique :-) Tout le charme du thé !"


100% d'accord !

"Avec des pu er sheng de l'année ou presque, il va de soi que je n'attaque pas sur 1 minute puis 3 minutes :-)"

oui, c'est certain ! Je me suis fait avoir la première fois que j'ai infusé un jeune sheng. C'est du costaud !! Pour le coup, une poignée de secondes suffit :)