14 juin 2010

Pu erh cru (Yiwu, 2003)

Je prépare aujourd'hui un autre de mes "nouveaux thés", le pu erh cru 'sauvage' de 2003, région de Yiwu (Yunnan).



Cet échantillon de 50g, en deux ou trois blocs, est issu d'une galette qui devait être très compacte. Les blocs de thé sont vraiment denses et il est assez difficile d'en prélever un petit morceau sans tout casser (je n'ai pas non plus encore beaucoup d'expérience en morcelage de pu erh).



Le thé dégage une odeur assez douce pour un "jeune" pu erh. Douce mais complexe, réellement très agréable. Les feuilles étonnamment sont assez foncées, comparées aux autres jeunes pu erh crus que j'ai pu avoir entre les mains.



Après le rinçage de rigueur, première infusion. Ça bataille dans la théière, le bloc de thé doit être en train de se débattre dans l'eau chaude : une goutte d'eau grossit à l'extrémité du bec de la théière, puis celle-ci ravale entièrement la goutte d'eau avant de la repousser à nouveau, et ainsi de suite. La théière change trois fois d'avis en ce qui concerne cette goutte d'eau, puis je mets fin à l'infusion lors la goutte semble définitivement avalée par la terre cuite.

La liqueur est très parfumée, d'un jaune éclatant, mais elle se révèle peu dense et plutôt courte en bouche. Le bloc de thé est encore assez compact dans la théière, il n'a certainement pas exprimé tous ses arômes.

Au deuxième tour, la liqueur a vraiment changé de couleur et prend du coup une consistance plus pêchue. Une légère amertume fait son apparition, mais ce n'est pas déplaisant. Cela rehausse les notes presque fruitées que je distingue un peu confusément dans le bouquet aromatique assez fourni de ce pu erh, qui tire quand même sur le vert/boisé/fumé.
Le tout est vraiment assez doux, apaisant, et toujours frais en bouche. Cette fois ci, l'arrière gout est long et puissant.
Je pense quand même avoir un peu forcé sur cette deuxième infusion...



Du coup la troisième est plus courte, une vingtaine de secondes. J'ai perdu un peu de l'amertume de l'infusion précédente, mais les arômes sont toujours aussi puissants. Une légère acidité est en concurrence avec le côté très doux de ce pu erh. C'est frais, riche, agréable en bouche et dans la gorge, le nez est également très flatté par la rétro-olfaction. Bref, ça se boit tout seul, c'est un très très bon pu erh.


La théière, alors qu'elle était vide, m'a encore fait un coup bizarre : une sorte de "bulle" juste au niveau du bec. Un peu comme une bulle de savon, mais avec du pu erh. Les reflets irisés pourraient être très poétiques, mais là, ils me font penser (je ne sais pas pourquoi d'ailleurs) à du gasoil flottant à la surface de l'eau dans un port de pêche.


Stéphane estime sans doute à juste titre que ce thé va se bonifier avec les années, mais en ce qui me concerne, les 50g que j'ai ne survivront pas aussi longtemps. De toute façon, dans un sachet hermétique, ce pu erh ne pourra pas vieillir correctement. Je vais donc être obligé de le boire assez rapidement... quelle vie...

Ce thé est quand même relativement proche de ma galette de Yong De 2006. Il est clairement plus doux, plus sage, ça part moins dans tous les sens, et il a aussi ce petit côté acide. (fruits cuits ? je ne suis pas certain d'avoir retrouvé les diverses prunes évoquées dans les commentaires au sujet de ce thé sur le site de Stéphane, mais ça s'en rapproche tout de même pas mal...)
Hormis ces différences, la base reste commune avec ma galette de Yong De, c'est celle d'un très bon pu erh sheng, généreux, vif et délivrant une profusion d'arômes qui restent en bouche longtemps après la dégustation : du vert, du boisé, une touche de fumé et beaucoup d'autres choses que mon petit palais est bien incapable d'identifier.

Après une pause de quelques heures suite à la 4ème infusion, j'ai repris du service pour en faire 5 ou 6 supplémentaires en allongeant petit à petit les temps d'infusion. La petite touche acide a disparu progressivement mais le thé a gardé tout son peps et sa fraîcheur, tout en restant à la fois bien charpenté (je sais pas si ça se dit pour un thé) et assez doux.

Dans la théière, je n'ai retrouvé au final que très peu de feuilles entières, peut-être un peu à cause de mon "émiettage" peu académique ; c'est dommage : j'aime bien voir de belles feuilles à la sortie de mes théières / zhongs.



Bon, en guise de conclusion, c'est un pu erh délicieux à boire maintenant, et qui sera certainement fantastique dans quelques années. Si je gagne au loto, j'en prends 1 kilo (mais bon, je joue pas alors je risque pas de gagner...)

10 commentaires:

Nicolas a dit…

Hé bien sébastien tu as l'art et la manière de narrer tes expériences. C'est vivant.

A te lire il se dégage un réel plaisir. Continu à nous abreuver de tes post.

La quantité de thé proposée par stéphane est intéressante pour un échantillon (50g). Cela permet d'avoir un avis intéressant sur un thé. Lui trouver ses traits de caractère principaux, puis aller plus en profondeur, dans le détail.

Et cela en prenant son temps, sans stress.

J'aime bien l'expression "Ça bataille dans la théière".

Olivier a dit…

Belles photo, beau récit, comme d'habitude, on se croirait presque à coté de toi à déguster cette galette, ça donne envie :)

Tu fais bien sinon de mettre le mot sauvage entre guillemet... 'sauvage' lorsque celà s'applique au puerh étant dans la quasi totalité des cas une appellation abusive assez répandue pour arbres anciens ou d'arbres de vieille plantation, les arbres sauvages quand à eux n'étant pratiquement jamais exploités...

Pour les galettes compactes comme ça je te conseille sinon fortement le pic à thé, qui t'évitera d'abimer tes feuilles.

Ensuite c'est pas courant (étonnant) qu'une galette de YiWu post 2000 soit autant compressée, ce qui (enfin on voit pas non plus bien sur tes photos mais je me fie à ta description) refléterait l'usage d'une presse mécanique.

Si dans de nombreuses régions les paysans ne pressent pas de puerh et se contentent de vendre le mao cha (thé travaillé mais non pressé) qui sera pressé par d'autres dans des usines. YiWu pour sa part est réputé pour la qualité de son travail, notamment la compression artisanale des galettes et les galettes de YiWu sont donc en général pressées, à la main et à la ferme (donc compression légère).

Hormis ces différences, la base reste commune avec ma galette de Yong De

Je ne connais pas cette galettes, mais j'ai bu de nombreux thés des différents terroirs de YiWu, et leur caractères dénottent bien du coin de Yong De...

Cette base c'est en effet le type de thé, tous les puerh brut jeunes on des traits communs, comme tous les oolongs, les thés vert, le vin rouge et la biere en ont...

Ensuite être sensible aux différence d'un thé à l'autre c'est comme faire la différence entre deux vin rouge français ou entre deux bierre belges, ça demande de s'être fait le palais, c'est à dire d'avoir assez de référents, d'avoir goûté assez de produits différents, d'années différentes et provenant de région différentes par exemple pour le thé ou le vin ...

Quand au gouttes de gazol qui se forment sur ta théière... je ne sais que dire, c'est de plus étrange... soit il faut arrêter d'uttiliser de l'esscence pour récurer ta théière ;) ... soit je me méfierais de ce qu'il y'a dans certains des thés que tu met à infuser dedans (je parle pas de ce YiWu, je dis ça dans le vent)...

Bon continuation!!

Sébastien a dit…

@Nicolas : effectivement, 50 grammes ça permet de le goûter plusieurs fois en variant un peu les paramètres. Merci pour ton passage et à bientôt !

@Olivier : effectivement, je ne pense pas avoir encore le palais suffisamment affuté pour faire une bonne étude comparative entre deux thés assez proches, mais du moment que je prends du plaisir à la dégustation et que j'apprécie le thé que j'ai préparé, ça me suffit pour l'instant. Quand j'aurais goûté des dizaines de pu erh, j'aurais sans doute une approche un peu différente.
PS: non je n'utilise pas d'essence pour nettoyer ma théière, et les thés qui sont passés dedans sont irréprochables (d'ailleurs c'est surtout les tiens :), c'est juste que ces reflets arc-en-ciel m'ont plutôt surpris !
à bientôt !

Nicolas a dit…

Au sujet de ces reflets irisés au bec de ta théière, il peut être intéressant de procéder par élimination pour trouver la cause.

Cela vient-il du thé? Ce serait étonnant vu la provenance. Si c'était le cas les reflets seraient présent aussi dans le zhong (lors d'une session zhong).

Il nous reste donc la théière. Là aussi ce serait étonnant qu'elle soit lavée avec du produit vaiselle ;))

Ce serait la terre alors ?

Est-ce une théière achetée chez un fournisseur de référence?

Boire du bon thé nous ammène tôt ou tard à s'interroger sur une bonne théière. Mais pas de panique, chaque chose en son temps.

bonne journée

Olivier a dit…

En effet il peut être intéressant de traquer d'une part des traces de reflets dans l'infusion des mme thés en gaiwan... et d'autres part et après une rinçage à l'eau bouillante, dans ta théière vide de thé (mail pleine d'eau)... pour voir d'où ça vient.

Ensuite je plaisantais avec l'essence, et j'avoue ne jamais avoir rencontré de tels reflets irisé (peut être n'ais-je pas non plus regardé d'aussi près que toi) mais ça ne me semblerais pas non plus impossible que ça vienne bien du thé (par exemple de ce YiWu) sans que celà soit un signe alarmant...

Bien sur on pense tout de suite à de la chimie (pas impossible non plus les puerh sont loin d'être tous propre), mais ça peut peut être être d'autres constituant "naturel"... des huiles contenues dans les feuilles ou les bourgeons?

Sans compté que ces feuilles sont travaillées à la main, et à plusieurs reprises, et si les usines sont parfois propres j'ai par contre pas vu souvant les paysans se laver les main avant de travailler leur thés... un milligramme de matière grasse qui serait venu se déposer sur une feuille à un moment ou à un autre?

Arno a dit…

Pour ma part, je ne le trouve pas particulièrement compressé. D'après ce qui a été dit par Stéphane sur son site, il aurait subi un pressage manuel, et non mécanique.

Tu as mis dans ta théière directement le bloc visible sur la première photo ??

David a dit…

Salut Sébastien,

Tout d'abord, très beau blog ! Tes photos sont vraiment superbes, ça sent l'appareil de qualité et l'œil qui va avec.

En ce qui concerne ce Yiwu, il s'agit vraiment de mon coup de cœur. C'est l'un des tous premiers puerh que j'ai eu en ma possession, comme toi acheté en échantillon. Je l'ai aimé à la première dégustation. Puis j'ai passé une année à boire du puerh, en y revenant toujours de temps en temps. Et à chaque fois, je le redécouvrais différemment, toujours meilleur. Ça corrèle pas mal ce que t'explique Olivier.

Aujourd'hui encore, c'est mon puerh préféré. Ironie du sort, j'ai reçu hier une galette entière de ce thé, mais elle n'est pas pour moi, mais pour un ami... et moi je n'en ai plus. Vivement que je le vois pour qu'il l'ouvre et paye sa taxe ! ;-)

Sinon, pour tes reflets bizarres, il y a des chances que cela provienne de l'eau. Essaie un gong fu cha entièrement à l'eau minérale et tu verras. Cela aurait été dans les tasses, je t'aurais dit ce que cela pouvait être du produit vaisselle mais je doute que tu laves ainsi ta théière. ;-)

Bonne continuation !

Sébastien a dit…

@Arno : non je n'ai pas mis tout le bloc de pu erh présenté sur les deux premières photos, je l'ai coupé en deux et je n'en ai infusé qu'une moitié, ce qui fait qu'il était dosé relativement léger par rapport à ce que je fais d'habitude (mais c'est toujours au pifomètre alors...)
Quand je disais que je le trouvais plutôt compact, c'était toujours par rapport à ma Yong De. Vivement que je reçoive d'autres thés (tiens, qque chose me dit que cela ne saurait tarder) afin d'avoir d'autres points de comparaison.

@Nicolas : ce n'est pas une théière haut de gamme, mais je fais confiance à mon "fournisseur" et je suis sûr qu'il ne m'a pas refilé une théière fabriquée avec de la terre souillée aux hydrocarbures. Mais comme tu dis, la question d'une "bonne" théière se posera un jour ou l'autre.

@David : d'abord merci pour tes compliments ! en tout cas, question photo, je crois bien que tu n'as rien à m'envier, les tiennes sont quand même un peu plus recherchées que celles que je fais et qui n'ont d'autres prétentions que d'agrémenter et d'illustrer le texte de mes billets. J'aimerais bien avoir un peu plus de temps à consacrer à mes séances de dégustation pour faire un peu de "mise en scène", ou en tout cas pour jouer avec la lumière, les compositions, etc...
Bref.
Pour revenir à ce Yiwu, si ton ami est digne de ce nom, je ne doute pas une seule seconde qu'il va t'en faire profiter :)

En ce qui concerne ces reflets bizarres, je ne vois vraiment pas d'où ça peut venir, je n'ai jamais lavé ma théière avec quoi que ce soit mis à part de l'eau chaude, et je n'ai jamais touché à l'intérieur. Bof, ça ne me traumatise pas plus cela, c'était juste un peu curieux. Par contre si ça se reproduit, je commencerai à me poser des questions et à faire des tests (gaïwan, eau minérales, etc...)
Olivier a donnée quelques pistes très plausibles pour expliquer ce phénomène, mais pour l'instant le mystère reste entier :)

Philippe a dit…

Tes photos sont en effet très belles, en revanche, il est dommage qu'on ne puisse pas les agrandir en cliquant dessus.

Concernant la bulle avec les reflets, j'ai souvent rencontré la même chose. Je ne pense pas que ce soit particulièrement inquiétant. En même temps, vu les conditions d'hygiène dans lesquelles sont fabriquées les galettes de Pu Er, on peut tout imaginer... d'où l'importance de bien rincer les feuilles une première fois.

Sébastien a dit…

@Philippe : je prends note pour les photos cliquables, j'essaierai de faire ça la prochaine fois si les photos valent le coup.
Bon, ça me rassure de savoir que ces reflets soient déjà arrivé ailleurs que dans ma théière. Quoi qu'il en soit, je rince toujours les pu erh (et même 2 fois pour les shu).
à bientôt.