4 mars 2011

Galette n°19 - 1980

Troisième thé de la série "Tea for Two" évoquée précédemment, un échantillon de pu erh brut issu de la galette n°19 de la M3T (région de Menghai). Un thé qui date de 1980 ! Le plus vieux pu erh que j'aurais jamais bu à ce jour (je ne compte pas le Lui Bao Cha de 58, qui n'est pas un pu erh).

Alors, ça ressemble à quoi un thé qui a mon age (à 2 ans près) ?
Eh bien les feuilles, sans surprise assez foncées, ont une odeur à sec vraiment superbe : des parfums de vieux bois mais sans aucune note d'humidité, et rehaussées par une espèce de note très aérienne et plutôt épicée. Dans la théière préchauffée, c'est du tonnerre, ça me rappelle un peu le Tuo 10.


Deux rinçages, et deux infusions plus tard (20 et 10"), un premier sentiment se dégage : la liqueur (d'une couleur fantastique au demeurant) semble très prometteuse - je veux dire par là que les arômes sont bien présents mais ils sont comme "parasités" par un espèce de voile poussiéreux qui empêche de distinguer l'ensemble de la palette aromatique du thé. C'est comme une sorte de "pellicule" olfactive assez virulente qui me gêne un peu. Assez étrange.


Infusion 3 (20") : la choses non identifiée assez perturbante des deux premières infusions est toujours là, mais semble s'estomper. Ce début de "clarification" de la liqueur laisse entrevoir une amertume bien présente, une amertume vigoureuse qui n'est pas sans rappeler - toute proportion gardée - celle des pu erh beaucoup plus jeunes. Ici, elle réveille clairement la liqueur et lui donne un relief tout à fait appréciable. Encore une fois, je ne peux m'empêcher de comparer ce pu erh au Tuo 10 (1993). Ce qui est étonnant, c'est qu'une douzaine d'années les sépare et qu'une galette est sensée vieillir plus vite qu'un tuocha...

Infusion 4 (30") : trente secondes, c'était presque trop. J'ai vraiment l'impression d'avoir dans ma tasse la liqueur de l'infusion d'un blend "maison" : 1/3 jeune sheng à la Bu Lang, 1/3 vieux sheng vénérable, et 1/3 shu cha. C'est assez troublant, mais n'allez pas comprendre que ce n'est pas bon. Car ça l'est. Très, même. Vraiment, ce pu erh de 1980, après un petit moment de flottement lors des premières infusions, me ravit au plus haut point.


Infusion 5 (30") : rien à redire, c'est vraiment superbe. Gustativement, olfactivement, rétro-olfactivement, longueurenbouchement, c'est clairement sublime et sans défaut. Je lâche mon clavier et je profite.

Inf. 6 (45") : la liqueur s'assagit un peu, c'est presque dommage. Un peu comme si l'amoindrissement du peps de ce pu erh quasi survolté l'avait privé d'une partie de ce qui faisait son charme... On reste quand même dans la catégorie "(très) vieux pu erh super bons que je ne pourrais jamais acheter (introuvables et / ou super chers)".

Inf. 7 (1') : pfff, je retrouve la perfection de la 5ème infusion. Ce pu erh a encore de la puissance en réserve, et devient en même temps de plus subtil au fur et à mesure des infusions.
Allez, pour pinailler je dirais que... non. Même en cherchant bien, je trouve pas.
Dans sa catégorie, ce pu erh est vraiment incroyable. Allez, j'arrête avant d'épuiser le stock de superlatifs, vous avez compris l'essentiel je pense.


Très belle dégustation, riche en rebondissements : perplexité, enthousiasme, béatitude, etc... Je ne sais pas comment je vais pouvoir remercier mon généreux voisin !

4 commentaires:

Philippe de Bordeaux a dit…

Tu as remercié ton voisin par cet article de dégustation si vivant et enthousiaste : je me suis remémoré ma semaine entière de session vieux Sheng : on sort des sentiers battus;ce sont des voyages toujours différents &extraordinaires avec ces belles vieilles espèces.

C'est tellement puissant et bon que je ne peux en parler sur ma plate forme : trop dans la "Chose": ce serait comme indécent!j'ai un besoin de recul pour retranscrire.

Merci après 2 jours de pause tu m'as redonné l'envie de regagner les bois précieux ce week end!

Amicalement.

. PHILIPPE .

David a dit…

Il n'est pas rare, comme je viens de l'apprendre assez récemment, surtout pour les puerh stockés de façon assez humide, que le vrai plaisir ne commence à la cinquième infusion, les précédentes étant plus là pour préparer le terrain. Après, on est parti pour de très belles choses et pour très longtemps en général, plusieurs jours sans problème.

Ça l'air de s'être vérifié ici.

jeancarmet a dit…

Tiens je vais m'en faire un demain ! ;)

Julien ÉLIE a dit…

Une pure merveille cette galette. Mûre et équilibrée.